Fais connaître Folili !
Partage

Le bus numéro 6

Les fictions des julienautes racontant des histoires d'amour ou romantiques
58 messages Page 1 sur 1
Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 01 Aoû 2017, 17:31

Image

        "Hey.
        - Hey."
    Elle s'assoit sur le bord de mon lit. Me fixe droit dans les yeux et me demande comment je vais. Je lui souris faiblement, puis lance un coup d'oeil à l'horloge. 22h56.
    "Viens, on va se promener."
    Zoé se lève tout doucement, va chercher mes béquilles et me les tend. Je m'assois, enfile mon jean, mon sweat, les empoigne, et, de mon unique jambe, me dirige avec ma soeur en dehors de l'hôpital.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 02 Aoû 2017, 10:03

Je suiiis **
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 03 Aoû 2017, 12:05

cavallina a écrit:Je suiiis **

    Merciii bae
And suddenly, we were strangers again.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 03 Aoû 2017, 12:55

Image

    Je sors la première de l'hôpital, Zoé étant allée prévenir l'infirmière de ma sortie provisoire. Le froid de fin d'automne me lacère les lèvres. Je sens l'air sec s'infiltrer sous mes vêtements et caresser ma peau déjà usée. C'est un beau soir de décembre, les étoiles brillent dans le ciel et les voitures passent en vitesse devant moi. J'ai toujours adoré Paris.
    "Bon, tu veux aller où ?" me demande ma soeur qui vient de sortir de l'établissement.
    Je ne réponds pas tout de suite. Je fixe la route attentivement, à la recherche d'une idée pour me faire oublier tout. Deux enfants passent devant moi accompagnés de leurs parents, du maquillage papillon sur le visage, de la barbe à papa à la main. Ils me dévisagent tous les deux et l'un demande à sa mère : "Maman, elle a quoi la grand fille là-bas ? Pourquoi elle a qu'une jambe ? - Ne la dévisage pas comme ça, Sam. C'est malpoli." Ils continuent leur chemin, continuant de me fixer d'un regard mêlé d'interrogation et de pitié. Zoé s'est approchée de moi, me passe une écharpe en laine autour du cou et me prend dans ses bras. Même si je suis plus jeune qu'elle de cinq ans, je la dépasse d'une demi-tête. Je me laisse faire, et soudain, une idée me passe par la tête : "Zoé, je veux aller à la fête foraine." Elle me lâche, me regarde et me sourit. Sans un mot, elle sort un petit ticket de son sac à main, et me dit en le tendant : "J'avais prévu d'y aller avec Lucas, mais tiens, ce sera notre soir aujourd'hui."
    Quelques minutes plus tard, elle se gare dans le parking de la fête du trône. Je sors de sa Twingo et regarde avec détâchement les milles lumières des manèges qui scintillent.

    L'animateur de la chaise volante me dévisage et semble hésiter, mais finit par déclarer : "Euh Mademoiselle, c'est un peu dangereux de le faire avec une jambe. Vous pourriez passer sous la rambarde.
    - Ce n'est pas ça qui l'empêchera de vivre. Allez viens Sarah, on va quand même les faire, ses chaises volantes. déclare Zoé en passant devant l'homme,
    - Mais vous ne comprenez pas..."
    L'homme s'était tu au milieu de sa phrase, en voyant l'expression de ma soeur. Ce regard implicite l'avait découragé. Nous passons devant lui, je pose mes béquilles, et nous nous choisissons chacune une chaise une place.
    "Attention mesdames et messieurs, décollage..."
    La chaise commence à se soulever, et mon pied décolle du sol. Le manège s'accélère et me donne le tournis. Je vole, je vois tout flou, mes intestins flottent. J'avais oublié ce que c'était, de se sentir libre, innocente, de sourire. Je me décroche, et voit Zoé à côté de moi, qui me regarde avec un grand sourire, des étoiles dans les yeux. Je ferme les yeux. Après quelques semaines, j'éprouve de nouveau cette sensation d'ivresse. Cette odeur de terre mouillée. Ces cris insouciants me plonge le cerveau dans l'inconscient. Je ne veux pas descendre. Je ne pense à rien. J'oublie tout. Je ne pense à rien. Rien. Mais je sens une douleur dans ma côte. Qui s'agrandit. Ce n'est pas l'adrénaline. C'est ma blessure. Ma balle. J'ai du mal à respirer. Devant moi se tient Anna. Elle me dit "Ne me laisse pas. Je me suis sacrifiée pour toi. Pourquoi est-tu toujours vivante ?". Je me met à crier. Je revoie la salle noire. Les cris. Je cherche à m'échapper. "Non, non, pas maintenant, pas maintenant.". Je n'avais jamais cessé de penser cette phrase. Les draps blancs. Les ambulances. Que se passait-il ? Anna, allongée devant moi. Je revois cette couleur rouge et cette odeur. Non, je ne veux pas revivre ça. J'ouvre les yeux, paniquée, suffocante. Zoé me crie que tout ira. Je veux descendre. Je veux descendre ! Je ne veux pas revoir ses visages, je ne veux pas entendre cette musique, je veux que ces cris cessent. Je veux descendre...
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 03 Aoû 2017, 15:28

C'est magnifique ma jolie, tu écris merveilleusement bien ! **
Je suis ♥
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 2367
Inscription: 20 Avr 2017, 09:00

Re: Le bus numéro 6

Message par Mll_cerise le 04 Aoû 2017, 19:28

Je suis ❤❤❤
Mll_cerise
Julienaute d'or
 
Messages: 2367
Inscription: 20 Avr 2017, 09:00

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 05 Aoû 2017, 12:04

Image

    Quand je me réveille, je suis de retour sur mon lit d'hôpital. Il n'y a personne dans la pièce, je suis seule. J'ai dû m'évanouir à la fête foraine. Ça me fait une belle jambe, le psychologue va sûrement retarder ma sortie, alors qu'elle était initialement prévue à la fin de la semaine... Je pousse un soupir et tâte la table de nuit à côté de moi pour trouver la télécommande. Elle n'est pas à sa place habituelle, alors je me retourne et la cherche. Mince, il me l'ont retiré de peur que je fasse une nouvelle crise d'angoisse. J'allume la radio et cherche une station qui capte, finit par en trouver une, quand la voix de l'animateur se met à prononcer : "Et maintenant, nous allons écouter Kiss of the Devil des Eagles of Death Metal !". Brusquement, je me précipite sur le poste pour l'attraper et l'éteindre avant que cette chanson ne commence, mais mon oxymètre pour mesurer mon taux d'oxygène accroché à mon doigt m'empêche de faire des gestes précis. Je fais tomber le poste par terre par mégarde, et les piles sautent tandis que la petite vitre se fracasse. Tant mieux, au moins j'ai pu arrêter la chanson à temps. Avec un soupir, je me rallonge sur mon lit et me met à attendre.
    Quelques minutes plus tard, quelqu'un toque à ma porte et l'ouvre tout doucement. Ma psychologue le docteur Tran entre par petits pas et me salue. Elle s'installe sur le petit tabouret à côté de moi et remarque le poste à terre :
    " Qu'est-ce qui s'est passé Sarah ?
    - La chanson du groupe est passée, je ne voulais pas l'entendre une nouvelle fois, et j'ai fait tomber le poste en essayant de l'arrêter...
    - Je comprends. Bon, explique-moi ce qui t'est arrivée à la fête foraine. À écouter ta soeur, tu as fait une très grosse crise de panique.
    - Oui. En fait, j'étais sur les chaises volantes et j'étais libre, enfin, je ne pensais plus à ça, pour une fois. Puis la blessure de ma balle à la hanche, je ne sais pas pourquoi, elle a recommencé à me faire mal... C'était atroce, je ne pouvais presque plus respirer."
    Je soulève ma tunique, et voit un gros pansement déjà gavé de sang dessus, mais je continue.
    " J'ai revu. J'ai revu ce soir-là au Bataclan. J'ai revu le groupe qui passait sa dernière chanson. J'ai revu la tête de l'homme qui me souriait. Je l'ai vu sortir son arme, et commencer à tirer sur des personnes autour de moi. J'ai fait semblant d'être morte, je me suis allongée à terre. Je suis restée immobile, je n'ai plus bougée, et j'ai entendu des cris d'agonie, le bruit des balles. Mais j'ai fermé les yeux, je devais être morte. Les balles se sont calmées. Plus un bruit. Puis quelqu'un a crié : "C'est la police, levez-vous tous !" Alors je me suis levée. Mais c'était lui. Il m'a pointé et m'a visé. Mais Anna est arrivée. Elle s'est mise devant moi. Et devant moi, elle a pris les balles. J'ai vu son corps allongé devant moi. Et je n'ai pas pu la pleurer. J'ai du me rallonger. Ma jambe me faisait un mal de chien. Et ma côte aussi. Mais je ne devais pas pleurer, je ne devais pas crier...
    - Je sais Sarah, je sais...
    - Non ! Vous me savez rien ! Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est, de voir tout ce sang, de voir sa meilleure amie se faire tuer devant soi ! Vous ne pouvez pas imaginer cette douleur ! Vous n'avez pas idée de la panique, de la terreur, de tout ! Aucun ne pourra jamais décrire ça, vous m'entendez, jamais !"
    Je m'étais mise à crier. Je marquais une courte pose, et continuait pour la énième fois mon récit :
    " J'ai attendu. Puis, il a commencé à tirer méthodiquement dans la foule. J'entendais des bruits à l'autre bout de la salle. Je me suis dit "non, non, pas maintenant". Mes doigts, madame, ils trempaient dans le sang ! Puis, ils se sont enfuis. Ils se sont réfugiés dans un couloir. Et là, non, je ne me suis pas évanouie, mais c'est chou blanc. Je me rappelle juste d'avoir ouvert les yeux et vu des draps blancs, ils ont commencé à en mettre un sur moi. Ils me croyaient morte ! Mais j'ai bougé, et quand ils ont vu que j'étais en vie, ils m'ont porté dans un brancard et fait un garrot à ma jambe. Mais le garrot n'a pas fonctionné madame. Ma jambe manquait de sang, et elle est morte avec ma joie de vivre ce soir-là. Je n'ai pas revu Sarah. Jamais. Et la dernière image que j'ai d'elle, c'est quand elle s'est sacrifiée pour moi. J'aurais du être morte."
    Je m'étais mise à pleurer doucement, sans bruit, et le docteur posa sa main sur la mienne, sans rien dire.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 05 Aoû 2017, 12:06

    cavallina a écrit:C'est magnifique ma jolie, tu écris merveilleusement bien ! **
    Je suis ♥

    Oh c'est trop gentiiiil ^^

    Mll_cerise a écrit:Je suis ❤❤❤

    Cimer Albert x)

And suddenly, we were strangers again.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 2367
Inscription: 20 Avr 2017, 09:00

Re: Le bus numéro 6

Message par Mll_cerise le 05 Aoû 2017, 13:44

Mll_cerise a écrit:Je suis ❤❤❤

Cimer Albert x)[/list]
:noelhilarant
Mll_cerise
Julienaute d'or
 
Messages: 2367
Inscription: 20 Avr 2017, 09:00

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 05 Aoû 2017, 16:23

C'est tellement triste mais tellement beau… je suis ♥
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 10 Aoû 2017, 15:16

Image

    « Tu devrais te changer les idées. Tu veux que je te déplace dans une autre chambre ? me propose le docteur Tran,
    - Vous n’allez pas retarder ma sortie ?
    - Ta blessure s’est rouverte et tu as fait une nouvelle cirse. Je ne peux pas te sortir, Sarah, c’est le protocole. Retardée de deux semaines. »
    Je pousse un long soupir et ne prend pas la peine de lui répondre. Elle baisse les yeux et note quelques mots sur son carnet. Je déteste quand elle fait ça. J’ai l’impression d’être une bête curieuse dont on étudie le comportement. Je lui réponds froidement :
    « Changez-moi de chambre si ça vous chante, mais je n’en ai rien à faire. Je veux sortir. »
    Elle m’adresse un sourire et sors immédiatement sans un mot. J’ai du avoir la pire psychologue de tout le service. De rage, je frappe de toutes mes forces la main sur mon matelas. Pourquoi moi ? Je continue de défouler ma colère jusqu’à épuisement. Je m'imagine à mon cours de boxe, que je suis de nouveau avec Sami, mon entraîneur, et qu’il me répète : « Droite, gauche, gauche, droite, gauche, encore ! Droite, droite, gauche, droite… » Mais quelle heure était-il, au juste ? L’horloge est dans l’angle mort du placard, il faut que je me lève. 11 h ? 15 h ? Je n’ai plus aucune notion du temps. Je prends mon courage à deux mains et cherche ma béquille. J’ai hâte que ma prothèse arrive dans un mois, je n’en peux plus d’avoir des ampoules aux mains. Je me déplace veinement, essaye de passer autour de tous les câbles, mais je n’ai pas le temps d’arriver à mon but que deux infirmières rentrent. Elles semblent suprises de me trouver là et me demandent de me rallonger. Pas le temps de demander pourquoi, elles détâchent immédiatement mon lit en me parlant doucement :
    « On va te changer de service, commence une.
    - Sur l’odre du docteur Tran, tu sais, ton psychologue.
    - Oui bah c’est bon, je suis pas amnésique non plus, j’ai pas trois ans. » m’exaspérai-je.
    Elles me promènent dans l’hôpital jusqu’à la chambre 212. Elles entrent, et je peux apercevoir au passage une horlogue qui indique aux alentours de 12h. Au fond, un rideau encadre un lit. On sera deux, au moins. Les infirmières me calent, une note quelque chose sur l’ardoise du bout de mon lit et elles quittent précipitemment la chambre.

    Ça fait deux heures que je n’ai rien à faire. Je n’ai pas pu prendre mes livres, laissés dans mon ancienne chambre. On ne m’a pas donnée de télécommande ni de radio, ce qui n’est pas étonnant. On a enlevé les rideaux du livre d’à côté, c’est une grand-mère qui dormait profondément. Mais il y a 20 minutes, sa famille est venue lui rendre visite. Il y a un garçon de mon âge, mais il n’a pas ouvert la bouche. Il doit s’en ficher de sa famille, tous les jeunes se donnent un style en le faisant maintenant. Anna, elle, ne s’en fichait pas… Les parents du type parlaient fort, et j’avais beau essayé de m’endormir, sans succès. Je vais aller faire un tour pour récupérer mes livres. On m’a enlevé mon oxymètre et mon tensiomètre, ça facilite mes mouvements. Je me lève péniblement et empoigne mes béquilles. J’essaye de pousser la porte à plusieures reprises mais ce n’est pas facile. Quand soudain, elle s’ouvre brusquement dans l’autre sens, me claque à la figure et me fait tomber par terre. Je manque de me cogner la tête et mes béquilles valsent. Le garçon de tout à l’heure se trouve là, devant moi, et ne bouge pas d’un poil, indécis.
    « Eh, tu peux m’aider à me relever, tu m’as fait tomber, là. Fais attention quand t’entres comme un gros bourrin. »
    Sans un mot, il hoche la tête et m’aide à retourner sur mon lit. Je commence à m’installer et marmonne en lui tournant le dos :
    « Dans un hôpital y’a des blessées jte rappelle… »
    Je n’entends aucune réaction.
    « Eh, je te parle ! Tu pourrais pas t’excuser ? » dis-je violemment en me tournant. Il est désolé je le vois, mais il n’ouvre pas la bouche.
    « Tu ne peux pas parler ? C’est au-dessus de tes forces, ou quoi ?
    - Il est sourd. »
    Toute surprise, je me retourne vers sa grand-mère qui vient de me parler, froide comme du marbre.
    « Il ne t’entend pas. Il peut lire sur tes lèvres, mais il n’est pas devin au point de savoir ce que tu dis si tu lui tournes le dos. »
    Je suis sidérée et ne sais pas quoi faire. J’implore le garçon des yeux mais il évite le regard. Je ne sais pas s’il m’en veut ou s’il croit que je m’énerve encore et n’ose pas me regarder. Je lui touche le bras, et il sursaute, comme surpris que je sois là. Comme je peux avec mes mains, j’essaye de faire des signes pour lui montrer mon prénom. Il me regarde attentivement, et sans un sourire, sans un mot, sans une émotion, il me dessine le sien.
    « E… Y… T… A… N… Eytan. C’est très joli comme prénom ça. Eh, désolé de m’être énervée, je savais pas ton histoire. »
    Il me sourit, avec de jolies dents blanches, mais retourne auprès de sa grand-mère et fais des signes pour parler avec elle. Je me retrouve seule, comme une idiote. Puis, il quitte la pièce, sans même m’accorder un regard. Le silence se fait. Pendant de longues minutes. Seul le "tic-tac" de l'horloge émet un bruit.
    « Il reviendra, ne t’inquiète pas, me souffle sa grand-mère,
    - Mais comment vous le savez, et... Comment vous appelez-vous, au juste ?
    - Estelle.
    - D’acccord… »
    Un long blanc s’ensuit. Puis, elle finit par dire.
    « Il t’apprécie. Je ne suis pas censée te le dire, mais il m’a dit ça quand il me parlait. Ton côté un peu colérique-égoïste, il l’aime bien.
    - Eh ! Je ne suis pas colérique.
    - Il t’aime bien malgré ton caractère fort, si tu préfères. C’est la première personne qu’il apprécie de son âge.
    - Pourquoi moi ?
    - Et toi aussi, tu l’aimes bien, je le vois. Ce n’est pas parce que j’ai 86 ans que je ne perçois plus le monde correctement.
    - Mais, je ne l’aime pas ! Enfin, je veux dire, pas en amour.
    - Mais si, tu l’aimes, mais tu ne le sais pas encore...
    - Comment pouvez-vous savoir quelque chose que moi-même j’gnore !
    - L’expérience, Sarah, l’expérience… »
    Je me tais, ne sachant quoi répondre, mais je finis par demander :
    « Estelle, vous pourrez m’apprendre la langue des signes ? »
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 10 Aoû 2017, 15:18

cavallina a écrit:C'est tellement triste mais tellement beau… je suis ♥

    Merci merci attention vais rougir a ce rythme-là (:
And suddenly, we were strangers again.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 2367
Inscription: 20 Avr 2017, 09:00

Re: Le bus numéro 6

Message par Mll_cerise le 10 Aoû 2017, 18:57

J'adore je veux la suite
Mll_cerise
Julienaute d'or
 
Messages: 2367
Inscription: 20 Avr 2017, 09:00

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 18 Aoû 2017, 10:49

Mll_cerise a écrit:J'adore je veux la suite

Elle arrive (:
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 18 Aoû 2017, 10:55

ANNONCE

J'ai déjà la fin de la fiction d'écrite. Pas de problème donc pour poster rapidement. Ce sera une fiction à réflexion (et ça l'est déjà). Vu que tout est prêt, la suite arrivera tous les deux jours. J'attends vos réactions avec impatience (:

Image
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 18 Aoû 2017, 10:58

Image

    Pendant les jours qui suivent, je m’occupe en apprenant la langue des signes avec Estelle. Elle n’est pas très bavarde ni très chaleureuse, mais ça me suffit pour être heureuse. Je commence par savoir dire les lettres, les nombres, bonjour, au revoir, merci.. et toutes les formules de base. Puis on évolue sur les objets, les questions, les homonymes… Je progresse de jour en jour, et je suis maintenant capable de tenir une conversation basique avec une personne, d’exprimer ma joie, ma tristesse, ma colère, mon dégoût et tous les sentiments possibles et inimaginables.

    Le dimanche, Eytan vient nous rendre visite. Quand il est arrivé, sa grand-mère dormait, alors il s’est installé sur le tabouret à côté de mon lit. Il me fait un signe de la main, et, à sa grande surprise, je lui réponds en langue des signes. Il reste là, sans bouger, et semble émerveillé. Toujours avec les mains, je lui dis :
    « Pour passer le temps, j’ai appris ta langue. Maintenant, on peut parler !
    - C’est… il semble hésiter, fantastique.
    - Maintenant, tu pourras t’excuser pour la chute de l’autre jour ! »
    Il me sourit. Sincèrement. Puis commence à me poser des questions comme où j’habite, le métier de mes parents, mes frères et sœurs, mon âge (il a bien 17 ans, comme moi), et je lui retourne la pareille. Au bout de quelques temps, il me demande ce que je me suis fait à ma jambe. Là, mes yeux se floutent quand je recommence à penser à cette soirée. Je lui réponds :
    « Plus tard, je ne peux pas te dire maintenant. C’est trop douloureux… »
    Il fait signe qu’il a compris, mais continue de fixer ma jambe. Sans un mot. Sans un signe. Comme si j’étais anormale. Mais je suis anormale. Je n’aurais plus jamais deux jambes, je suis dans la catégorie « handicapée » des places de parking, j’aurais la priorité aux caisses, on ne comprendra pas, je ne comprendrais pas. Je couvre ma jambe d’un drap et lui demande de s’en aller. Il reste là, me regarde, ne bouge pas. Je lui redemande, aucun résultat. J’ai envie de lui crier de me laisser là, que je n’en vaux pas la peine, que je m’en fiche de lui, que je ne suis pas un objet que l’on peut dévisager, qu’il n’a rien à faire ici. Mais je ne peux pas, je n’y arrive pas. De toute façon, il ne m’entendrais pas. Alors je le défie des yeux, d’un regard qui veut dire : « Oui, je suis différente, et ça te dérange ? Tu comptes me fixer comme ça ? Continuer ? Sans rien dire ? » Mais il soutient ce regard, sans insolence, juste avec douceur. Alors, je me brise. Je me met à pleurer, à pleurer sans pouvoir m’arrêter, d’un sanglot plus grand que je n’avais pas eu depuis l’attentat. Je me libère de toute cette tristesse, on dirait. Comme si ce regard était libérateur, qu’il débloque quelque chose en toi coincé depuis trop longtemps. Je ne sais pas combien de temps on a passé comme ça, moi à pleurer, lui à me fixer. Mais toujours est-il qu’il n’est même pas allé voir sa grand-mère, et qu’il est directement parti.
    Je calme doucement mes pleurs, mon hoquet, essaye une nouvelle fois de réprimer ma tristesse, mais n’y arrive pas. Alors je la laisse couler, sans pouvoir l’arrêter, jusqu’à m’endormir.

    Quand je me réveille, mon plateau repas est posé sur le bord de mon lit. Il est froid. Je mange machinalement ma purée, mon yahourt et ma compote, mais j’ai la tête ailleurs. Ce garçon m’avait fait un bien fou. Pour la première fois depuis longtemps, je me sens bien, et je pense que c’est durablement. Peut-être que je ne ferais plus jamais de crise d’angoisse. Cette pensée me donne sourire, et mon yahourt saveur abricot a soudainement plus de goût.
    Au bout d’un certain temps, je pense à la question qu’il m’a posé sur ce qu’il m’était arrivé. Il mérite une réponse. Rien que pour ce qu’il vient de me faire, il mérite une réponse. Mais jamais je n’aurais la force de lui dire en face. Il faut que l’on soit ensemble, mais je ne dois pas lui dire en direct, je ne tiendrais pas. Je souris de satisfaction : je venais de trouver une idée parfaite. J’allais lui écrire une lettre. J’appelle lui une infirmière, lui demande une feuille et un stylo. Je commence alors le long récit de ma vie…
Dernière édition par worldgirl04 le 20 Aoû 2017, 13:06, édité 1 fois.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 18 Aoû 2017, 19:18

C'est superbe ♥
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Re: Le bus numéro 6

Message par Lulu-love-danse le 19 Aoû 2017, 14:41

J'avais la larme à l'oeil au début ( rassure moi, OK je sais que ça c'est déjà passer mais est ce que l'histoire est "vraie" )
J'aime beaucoup ta fiction ( :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: )
j'aimerai beaucoup que Sarah et le garçon tombent amoureux :coeur:
Lulu-love-danse
Julienaute d'or
 
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 20 Aoû 2017, 00:03

cavallina a écrit:C'est superbe ♥

    ((:
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 20 Aoû 2017, 00:09

Lulu-love-danse a écrit:J'avais la larme à l'oeil au début ( rassure moi, OK je sais que ça c'est déjà passer mais est ce que l'histoire est "vraie" )
J'aime beaucoup ta fiction ( :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: )
j'aimerai beaucoup que Sarah et le garçon tombent amoureux :coeur:

    Ce que tu dis me touche beaucoup ! (:
    L'histoire n'est pas vraie, mais j'ai essayé de m'approcher maximum de la vérité en me renseignant sur le déroulé des événements heure par heure...
    Love is greater.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 20 Aoû 2017, 13:14

Image

    « Salut
    - Hey. Tu vas mieux ? Je ne voulais pas te faire pleurer.
    - Nan au contraire. Merci.
    - …
    - … »
    Je ne sais pas quand sortir ma lettre si soigneusement écrite. À la fin, je lui ait glissé un petit message personnel, je ne veux pas que ce soit au mauvais moment. Bon, et puis mince, je vais le faire maintenant. Je fouille dans ma table de chevet – mes livres sont revenus – et finit par la trouver. Toute froissée, je la lui tend et il me la prend doucement, se demandant de quoi il s’agit. Je lui dis de ne rien me dire, et de la lire sans un bruit. J’avais écrit d’une écriture simple, un peu bacclée, mais j’espérais dans les mots trouver la force que je n’ai jamais eu.


    « Cher Eytan,
    Notre rencontre n’aura pas été commune. Tu as failli m’ouvrir la tête, déjà éclopée comme je suis. Et l’autre jour, tu m’as demandé d’où je venais, qu’est-ce que j’avais eu. Je ne t’ai pas répondu. Je n’ai pas pu te répondre. Mais par écrit, je vais essayer de te dire ce que tu ne pourras jamais entendre.
    Quand j’avais 5 ans, on avait un cerisier dans mon jardin. L’été, tous les matins ou presque, je sortais dehors, avec mon petit panier, récupérer toutes les cerises possibles. Au début, je cueillais les plus basses. Puis je montais de plus en plus haut, escaladais chaque branche, jusqu’à arriver au sommet, avec plus aucune cerise. Mais là-haut, c’était les meilleures. Et quand j’avais fini, les jambes pleines de terre, les bras un peu écorchés, je regardais le ciel. Je me demandais ce qu’il y avait plus loin que tout ce bleu. Et mon papa, il me répondait « Des merveilles, Sarah, des merveilles plus grandes que toute la Terre. » Je rigolais toujours, et chaque matin, j’admirais les merveilles invisibles, comme je les appelais.
    Quand j’avais 7 ans, mon papa a été très malade. On l’a emmené au meilleur hôpital de Paris. Il avait une tumeur du cerveau. Et on a réussi à le sauver. Mais maintenant, son regard, il est vide. Certaines personnes veulent profiter de la vie après un cancer. Mais lui, c’est comme s’il était déjà mort. Quand je lui demandais ce qu’il y avait là-haut, il ne me parlait plus des merveilles. Il ne me répondait pas. Il passe la journée au travail, et quand il revient, il s’installe dans le canapé, et ne parle pas. Son corps et encore là, mais son esprit est parti.
    Puis, c’était il y a deux semaines. J’avais économisé toutes mon argent pendant trois mois pour m’offrir ce concert. Le Bataclan, ça te dit quelque chose ? Et ben, j’y étais. J’étais au Bataclan. Ça doit te faire bizarre, tu dois m’imaginer là-bas. N’essaye pas, j’en ai honte. Je ne veux pas te raconter tout ça, comment ça s’est passé ce soir-là. Je veux oublier. Je veux que tu me fasses oublier. Mais chaque nuit, je revois les cris. Je ressens ma jambe gauche, et quand je me réveille, j’ai toujours espoir qu’elle soit revenue. Mais elle n’est pas là. Elle ne sera plus jamais là.
    Zoé, ma sœur, elle me répète tout le temps « Deviens pas comme Papa, t’es trop jeune. » Mais j’avoue que parfois, je me dis que tout serait plus simple, de ne plus rien dire, de ne plus rien devenir. J’ai envie de m’installer à côté de lui, de mettre le même plaid sur mes jambes – non, ma jambe – et d’attendre un miracle. Mais il faut que je me batte. Je m’empêche de regarder le ciel en me disant « À quand mon tour pour y monter ? » Le cerisier, il est mort depuis longtemps. Comme s’il avait compris qu’il n’avait plus rien à faire là, dans cette famille où tout va mal.
    Alors Eytan, je veux que tu m’empêches de devenir comme mon père. Je veux redécouvrir la vie. Peut-être qu’on ne sera pas éternels. Mais je veux essayer. Tu es ma seule chance pour me sauver.

    Sauve-moi, Eytan. »


    Il avait pleuré à partir de la moitié. Mais il pleurait sans bruit. Tout ce qu’il fait, il le fait sans bruit. C’est merveilleux. Il se lève, je lui fais signe de se rassoir, mais il sort en courant.
    « Non, Eytan ! »
    Il ne m’entend pas, il faut que je lui dise de revenir. Je bascule de mon lit, et fais un espèce de quatre pattes sans prendre mes béquilles. Je sors de la salle, un personnel me voit, me rempoigne et me ré-installe. Je pleure déjà, des joues toutes inondées.
    « Lâchez-moi, je dois voir Eytan !
    - Chhuuuuut…
    - LÂCHEZ-MOI !
    - Ne fais pas de crise d’angoisse…
    - JE VEUX VOIR EY… »
    Je m’arrête en plein élan. Il se tient devant la porte. Un petit papier à la main. L’homme me donne un verre d’eau, lui demande de lui signaler si je refais une crise, et part. Je le regarde, mêlé de colère et de surprise.
    « Pourquoi es-tu parti ?
    - Je voulais du crayon et du papier.
    - Et me prévenir, hein ? Tu ne pouvais pas ?! »
    Il ne regarde pas pas ses pieds. Il fixe son petit bout de papier. Il me l’enfouit au fond de ma main. Je le déplie. Un nœud se forme dans ma gorge. Je ne peux plus respirer. Avec des lettres brouillées, il y est écrit :
    « You’re strong. »

        Je précise, au cas où il y aurait eu un malentendu, bien que les dialogues entre Eytan et Sarah sont présentés comme des dialogues classiques, ils sont en langue des signes. C'est une façon plus simple que de faire "Et là Eytan me fait signe que... puis je dessina avec ma main ça..." mais gardez en tête que tout se passe sans bruit entre les deux.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Re: Le bus numéro 6

Message par Lulu-love-danse le 20 Aoû 2017, 16:54

worldgirl04 a écrit:
Lulu-love-danse a écrit:J'avais la larme à l'oeil au début ( rassure moi, OK je sais que ça c'est déjà passer mais est ce que l'histoire est "vraie" )
J'aime beaucoup ta fiction ( :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: )
j'aimerai beaucoup que Sarah et le garçon tombent amoureux :coeur:

    Ce que tu dis me touche beaucoup ! (:
    L'histoire n'est pas vraie, mais j'ai essayé de m'approcher maximum de la vérité en me renseignant sur le déroulé des événements heure par heure...
    Love is greater.


Merci et j'espère que tu posteras la suite bientôt ! :coeur:
Lulu-love-danse
Julienaute d'or
 
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 20 Aoû 2017, 18:39

C'est juste magnifique.
Tu devrais le publier quand ce sera fini (si tu en as envie hein) ♥
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 21 Aoû 2017, 19:19

cavallina a écrit:C'est juste magnifique.
Tu devrais le publier quand ce sera fini (si tu en as envie hein) ♥

    Encore merci (j'ai l'impression de ne te dire que ça depuis le début (x ) !
    À vrai dire, je pensais passer sur un site (dont je ne connais plus le nom) qui permet de t'améliorer dans tes écrits, mais je ne sais pas si je l'enverrais à une maison d'édition, c'est un texte assez court quand même...
        Love is greater.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 23 Aoû 2017, 14:13

Image

    Trois petits coups sonnent à ma porte, puis Zoé entre tout doucement.
    « Toc toc toc, c’est le père Noël… Regarde ce que je t’ai apporté… »
    Elle me sort des chocolats bien présentés dans une petite boîte dorée.
    « Mais Zoé, on n’est que le 7 décembre…
    - Ooooh ! Toujours à faire ta rabat-joie ! C’est les fêtes de Noël ! Ils ont accroché de la déco partout dans cette ville ! Dommage que l’on ne t’ait pas mis à la fenêtre, continue-t-elle en chuchotant,
    - Tu les as bien pris sans noisette, hein ?
    - Mais sérieusement Sarah ! Je ne vais pas oublier ton allergie comme ça ! Depuis que t’as gonflé comme un ballon il y a 3 ans, je ne vais pas te refaire le coup… Bon, sinon, j’ai aussi un autre cadeau pour toi. »
    Elle sort de la pièce et revient aussitôt avec un gros carton.
    « Allez, devine ce que c’est.
    - Un violon ?
    - Biiip, mauvaise réponse, c’est encore mieux !
    - Des vêtements ?
    - Râté !
    - Bon, bah, je sais pas, alors.
    - Ta prothèse !
    - Ma prothèse ? m’étonnai-je, Mais, elle ne devait arriver que dans 2 semaines !
    - Je crois qu’ils ont pris un peu d’avance, dit-elle malicieusement. Non, non, ne me remercie pas. Allez hop, bouge-toi, on l’essaye ! »
    Je m’assois sur mon lit, et on passe une bonne demi-heure à lire et relire le mode d’emploi pour l’enfiler. Quand je suis enfin debout, je me met à tanguer dangereusement, fait deux ou trois pas chancelants, et m’écroule par terre immédiatement.
    « Nan, mais c’est normal que t’y arrive pas du pemier coup. Allez, debout, mauvaise troupe ! Ils disent que tu mets à peu près deux heures pour marcher correctement, et une semaine pour courir, monter les escaliers, et tout le tralala. »
    Je m’appuie sur son bras, attrape une béquille. Pendant plusieures heures, on parcours de long en large l’hôpital. Cependant, je ne prenais que les acsenseurs pour changer d’étage. À la fin, je ne marche pas très vite, mais je peux aller assez droit, sans valdinguer à gauche à droite.
    « Bon, maintenant, on va devant l’hôpital te faire prendre un peu l’air.
    - T’es sûre ?
    - 100% sûre ! De toute façon, je ne t’ai pas demandé ton avis, Sherlock. »
    On se met à rire toutes les deux, et j’ouvre mon placard pour prendre les affaires nécessaires. Je m’habille, puis l’on descend – sans prendre mes béquilles, enfin – sur le devant du bâtiment. À peine sorties, Zoé allume une cigarette.
    « Tu fumes, maintenant ? je demande,
    - Ouais, c’est Lucas qui m’a fait découvrir. Et franchement, ça fait un bien fouuu, murmure-t-elle en soufflant un énorme nuage de fumée,
    - Ah.
    - Tu veux essayer ?
    - Je ne sais pas, on m’a toujours dit que ça pouvait donner le cancer.
    - Allez, une ça va te faire du bien…
    - Bon, d’accord… »
    J’attrape son paquet et en allume une. Un goût âcre me remplit la bouche, me donne les larmes aux yeux, et me fait tousser.
    « Mais c’est quoi cette horreur ? criai-je en la jetant le plus loin possible et en déclenchant une nouvelle quinte de toux, Je sais pas comment tu fais, c’est dégoûtant ce truc !
    - Bon, comme tu veux. »
    Elle termine sa « clope », comme elle l’appelle, puis on rentre à l’hôpital. Elle récupére son sac à main, me serre fort dans ses bras, et me dit à la semaine prochaine. Elle commence à s’avancer à la porte quand je la retient au dernier moment :
    « Faut que je te parle d’un truc.
    - C’est quoi ?
    - Viens t’asseoir.
    - Bon, ok, mais dépêche, j’ai dit à papa que je ne rentrerais pas trop tard.
    - Papa ne surveille pas l’heure de toute façon.
    - Pas faux. »
    Elle s’installe à côté de moi, je prends une grande inspiration, et lui demande :
    « T’es déjà tombée amoureuse d’un sourd ?
    - Un sourd ? Pourquoi un sourd ? s’étonne-t-elle, abasourdie, Qu’est-ce j’irais faire avec un handicapé ?
    - Bah non, c’est des personnes normales quoi, c’est pas des handicapés.
    - Mais si, Sarah, les sourds ils sont tous bizarres. Ils observent tout et ils font aucun signe, ils ont aucun avis sur tout. C’est des viscieux. Ils trouvent jamais de boulot en plus.
    - Qu’est ce qui te fait dire ça ?
    - Rien, c’est juste en général. Mais… pourquoi tu me demandes ça ? s’interroge-t-elle, Tu serais pas amoureuse de l’un d’eux, hein ?
    - Non, non ! C’est juste qu’il y a un couple qui est régulièrement dehors, et le garçon est sourd.
    - Eh ben, je plains la fille. Pouah, je paris qu’elle est moche, et qu’aucun autre garçon n’a voulu d’elle, elle se rabat sur lui par défaut.
    - Bah nan, elle était assez jolie…
    - Ben, elle devrait le quitter, ou alors elle se lassera de lui au fur et à mesure du temps. Une personne qui parle pas c’est pesant.
    - Bon, d’accord. Bye.
    - Eh, fais pas cette tête ! Cependant, salut, je dois aller préparer le repas.
    - Dernière chose. Tu sais quand elle rentre maman ?
    - Dans 3 semaines normalement, ça fera 3 mois tout pile à Shangaï. »
    Elle m'embrasse une dernière fois, ferme brusquement la porte avec entrain. Je reste là. Je n’ose pas bouger. Je ne pensais pas ma sœur comme ça.

                    Je voulais vous demander... Que pensez-vous du personnage de la soeur, Zoé ?
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 24 Aoû 2017, 10:55

worldgirl04 a écrit:
cavallina a écrit:C'est juste magnifique.
Tu devrais le publier quand ce sera fini (si tu en as envie hein) ♥

    Encore merci (j'ai l'impression de ne te dire que ça depuis le début (x ) !
    À vrai dire, je pensais passer sur un site (dont je ne connais plus le nom) qui permet de t'améliorer dans tes écrits, mais je ne sais pas si je l'enverrais à une maison d'édition, c'est un texte assez court quand même...
        Love is greater.


C'est normal aha :')
T'inquiète pas <3
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 25 Aoû 2017, 12:26

    Personne ? (':
Love is greater.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 771
Inscription: 27 Aoû 2015, 20:29

Re: Le bus numéro 6

Message par laptitelouloute13 le 25 Aoû 2017, 18:52

wow.
j'adore vraiment, en plus de ça c'est un sujet touchant
et le pire c'est que tu écris vraiment bien

au début j'aimais bien le personnage de Zoé, mais peut-être qu'elle est un peu trop "osée", franche.
et puis, elle a en sorte "insulté" les sourds, et elle n'a pas été très délicate avec son "qu'est ce que j'irais faire avec un handicapé ?"
je veux dire, elle a oublié que sa soeur en était maintenant une ?

Voilà voilà, j'espère que tu posteras vite la suite :3
laptitelouloute13
Julienaute d'or
 
Messages: 771
Inscription: 27 Aoû 2015, 20:29

Julienaute d'or
Messages: 771
Inscription: 27 Aoû 2015, 20:29

Re: Le bus numéro 6

Message par laptitelouloute13 le 25 Aoû 2017, 18:52

wow.
j'adore vraiment, en plus de ça c'est un sujet touchant
et le pire c'est que tu écris vraiment bien

au début j'aimais bien le personnage de Zoé, mais peut-être qu'elle est un peu trop "osée", franche.
et puis, elle a en sorte "insulté" les sourds, et elle n'a pas été très délicate avec son "qu'est ce que j'irais faire avec un handicapé ?"
je veux dire, elle a oublié que sa soeur en était maintenant une ?

Voilà voilà, j'espère que tu posteras vite la suite :3
laptitelouloute13
Julienaute d'or
 
Messages: 771
Inscription: 27 Aoû 2015, 20:29

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 26 Aoû 2017, 17:20

laptitelouloute13 a écrit:
wow.
j'adore vraiment, en plus de ça c'est un sujet touchant
et le pire c'est que tu écris vraiment bien

au début j'aimais bien le personnage de Zoé, mais peut-être qu'elle est un peu trop "osée", franche.
et puis, elle a en sorte "insulté" les sourds, et elle n'a pas été très délicate avec son "qu'est ce que j'irais faire avec un handicapé ?"
je veux dire, elle a oublié que sa soeur en était maintenant une ?

Voilà voilà, j'espère que tu posteras vite la suite :3

    Merci (:
    J'ai décidé du personnage de Zoé au dernier chapitre. J'ai voulu la faire évoluer un peu à cause de son copain (qui l'a faite fumer). Et effectivement, elle a en quelque sorte "oublié" l'handicap de sa soeur, ce qui l'a blessée doublement. Sarah a compris que si Zoé l'appréciait, c'était uniquement parce qu'elle était soeur, mais qu'elle méprisait les personnes différentes, et ça aura des influences sur le futur (;
    En tout cas, merci pour ton commentaire qui fait chaud au coeur !
Love is greater.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 26 Aoû 2017, 20:51

Encore bravo je suis définitivement fan **
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 26 Aoû 2017, 22:22

Image

    « Qu’est-ce que tu fais là ? Il est 6h du matin !
    - Lève-toi.
    - Qu’est-ce que tu fais ?
    - Je te sauve. »
    Il me balance un tee-shirt, un sweat, un jean et une doudoune. Je lui demande pourquoi, mais il ne fait pas attention à moi, il surveille la porte.
    « Vas-y, je te regarde pas, tu peux te changer tranquillement. Me dit-il, »

    J’enfile mes affaires et quand je me met debout, il regarde ma prothèse, mais ne dit rien. Je suis Eytan dans les couloirs. Au moment où il pousse la porte des escaliers, je lui attrape le bras : « Je peux pas prendre les prendre avec ma nouvelle jambe. »
    Il a l’air embêté, mais on prend l’ascenseur. Normalement, je n’ai pas le droit de sortir avant 11h. Il n’aurait pas pu attendre, bon sang ?
    En douce, on se faufile par la grande porte, mais je dois cacher mon visage.
    Devant l’hôpital, on prend à gauche, dans une ruelle et on se pose un peu.
    « Bon, alors, on va faire quoi ? je lui demande,
    - T’es déjà monté en haut de la tour Eiffel ?
    - Non, pourquoi ?
    - Alors, allons-y ! »
    Je ne peux m’empêcher de sourire, et d’un regard, on se comprend : on va passer une journée de rêve tous les deux, tant pis si on aura des embrouilles après.
    Mais la tour Eiffel n’ouvre qu’à 9h. Il fait encore nuit. On descend dans une station de métro à peine occupée par les travailleurs matinaux. Je regarde la liste des métros, et choisit celle qui va le plus près de la grande dame de fer. Quelques minutes plus tard, le vacarme assourdissant du train se fait entendre, et tous les voyageurs montent à bord. Eytan et moi choisissons le siège à côté de la porte, pour m’éviter la foule. Les personnes me font des gros yeux d’un air « Un siège handicapé ? Mais tu n’as rien ! » Je souris ironiquement, d’un sourire sans saveur. Eytan le remarque, me pose les deux doigts sur la commissure des lèvres, et les remonte ultra haut jusqu’à me donner une tête de sumo. On rit tous les deux, puis on se mure dans un silence tandis que les stations défilent.

    J’adore son silence. C’est reposant et précieux. Contrairement à tout ce que peut dire Zoé, je ne m’en lasserais jamais. Il n’y a pas un mot de trop, pas une parole qui déborde, juste un repos constant. Je me sens sereine à côté de lui. Comme si… les bruits que je n’aurais pas dû entendre s’effaçaient au fur et à mesure.
    D’un geste de la main, il me fait signe et me tend une petite boîte dorée. Je la prend doucement, l’ouvre et y trouve… des boules Kies. Pour être comme lui. Au bord des larmes, je les enfile et reste ébahie dans ce silence envoutant.
    « On est dans notre bulle ! » je lui dit,
    Il ne répond rien, et me prend juste la main. On attend comme ça. Après tout, les choses les plus simples sont les meilleures.
    Après s’être promenés pendant 1h ou 2h, on commence à faire la queue pour la Tour Eiffel. Étant arrivés les premiers, on n’a pas beaucoup d’attente. Le soleil pointe à peine le bout de son nez, il fait beau. J’ai froid, mais je m’en fiche. À peine passé la porte, on monte directement au 3e étage. Soudain, je reste sans voix face au spectacle merveilleux qui s’offre à moi. Le soleil caresse l’horizon, envoyant des lumières roses, violettes, oranges et jaunes dans le ciel. Les lumières de Paris sont encore allumées, ce qui produit un merveilleux contraste. Comme une enfant, j’attrape le grillage, des étoiles dans les yeux, une petite flamme au cœur. Eytan vient de sortir son bonnet et me demande ce que j’en pense. Je ne répond même pas tellement c'est magnifique.

    Combien de temps on est resté là ? Je n’en ai aucune idée. Peut-être une heure, ou deux. On a trouvé un endroit où l’on a pu installer une couverture, et on s’est assis. On dirait des clochards, mais peu importe. Après tout, on ne vit qu’une fois. Puis, on descend au restaurant du premeir étage. Oui, celui hors de prix. On rentre dedans, on est comme une tâche au milieu de tout ce luxe et cette dorure, et on demande un chocolat chaud. Enfin, je m’en suis occupée, ayant pris soin d’enlever mes bouchons. Le serveur dit que ce n’est pas possible, qu’il faut prendre le petit-déjeuner tout entier. Eytan me fait signe « Oui » de la tête. Il a lu sur les lèvres.
    « Eh ben d’accord, on s’installe quand même. Assurai-je au garçon de service tout surpris, »

    Peu de temps après, on admire par la vitre la ville lumière s’animer de touristes, nos bols de chocolas chauds entre nos mains toutes gelées. On se regarde dans les yeux, on regarde le public pleins d’asiatiques friqués, on regarde nos vêtements, puis on rit, tout en mordant dans un croissant encore chaud.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 771
Inscription: 27 Aoû 2015, 20:29

Re: Le bus numéro 6

Message par laptitelouloute13 le 27 Aoû 2017, 13:41

wow

je suis fan
laptitelouloute13
Julienaute d'or
 
Messages: 771
Inscription: 27 Aoû 2015, 20:29

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 27 Aoû 2017, 13:58

cavallina a écrit:Encore bravo je suis définitivement fan **

    Bae (:
Love is greater.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 27 Aoû 2017, 15:40

C'est sublime <3
Je suis.
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 2535
Inscription: 30 Déc 2015, 13:56

Re: Le bus numéro 6

Message par pizzachorizo le 27 Aoû 2017, 20:16

cavallina a écrit:C'est sublime <3
Je suis.
pizzachorizo
Julienaute d'or
 
Messages: 2535
Inscription: 30 Déc 2015, 13:56

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 29 Aoû 2017, 15:54

pizzachorizo a écrit:
cavallina a écrit:C'est sublime <3
Je suis.

    Merci à vous deux (;
Love is greater.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 29 Aoû 2017, 15:57

laptitelouloute13 a écrit:wow

je suis fan

    Ça fait plaisir (:
Love is greater.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 29 Aoû 2017, 17:51

worldgirl04 a écrit:
cavallina a écrit:Encore bravo je suis définitivement fan **

    Bae (:
Love is greater.


Je t'aime <333
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 29 Aoû 2017, 17:53

worldgirl04 a écrit:
cavallina a écrit:Encore bravo je suis définitivement fan **

    Bae (:
Love is greater.


Je t'aime <333
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 31 Aoû 2017, 14:38

Image

    On marchait vite, nos cœurs battaient la chamade. Rive gauche, au cœur du quartier latin. Nos pieds résonnent sur les pavés de la ruelle. Ils dansent au rythme de la vie. Nos souffles sont de la brume, nos silhouettes éphémères. On se dirige vers une librairie ancienne. Vers la culture. Vers les livres. J’ai chaud sous mon pull. Les bretelles de mon sac à dos frottent mes épaules. Mes cheveux se soulèvent en même temps que mes pas. Mes yeux brillent parce que je suis ici, avec lui. Je me sens vivante. Je me sens moi.
    On pousse doucement la porte de la bibliothèque. Il n’y a personne. Tout est ancien ici, c’est plein de charme. Les livres s’empilent, dégagent une odeur envoûtante. Il y a tant de choses à découvrir dans ce petit espace. Une bonne femme nous salue, puis on s’engouffre entre les étagères. On cherche la perle à lire ensemble. Ils me proposent plusieurs livres, que je refuse tous. Puis, je finis par la trouver :
    « Amour et liberté, livre de citations, c’est pas parfait ça ? lui demandai-je,
    - C’est parfait, je l’avais loupé, il faut toujours que tu trouves les choses avant moi ! sourit-il en me donnant un coup d’épaule, »
    On s’installe à terre, et ouvre le livre plein de poussière. Je vais vous dire les meilleures citations qu’on trouve.
    « Elle aimait la mer.
    Elle aime la forte odeur salée de l'air et l'immensité des horizons délimités uniquement par une voûte de ciel bleu au-dessus.
    Cela l'a rendue petite, mais aussi libre… pointais-je du doigt, Elle est pas magnifique ? Moi aussi, ça me fait ça quand je regarde l’océan.
    - Et c’est quoi l’auteur ? me demande-t-il,
    - George M. M. Martin.
    - Ah, je connais pas… Et regarde celle-là ! « Si l’on est pas sensible, on n’est…
    - … Jamais sublime. » Oui, je connais, c’est de…
    - …Voltaire.
    - Exactement, dis-je un petit sourire aux lèvres, « Le baiser est la façon la plus sûre de se taire en disant tout. » Ça, c’est de Maupassant, j’adore tellement cet auteur…
    - Oh, et tu as lu « La Parure » ? Moi, j’ai beaucoup ri !
    - Moi aussi ! Pauvre Mathilde, haha… »
    On a continué de lire ces citations pendant de longues minutes. On promenait nos mains pour montrer où on en était. À un moment, je lis cette magnifique phrase « Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu. » d’Alfred de Musset. Je cherche la main d’Eytan, et je la vois déjà arrêté sur cette phrase. Je lève la tête, et je vois la sienne à un centimètre de la mienne. Je sens son souffle sur mes lèvres. Je réalise alors pleinement son odeur sucrée et sublime. Sans un bruit, il pose ses lèvres contre les miennes… et m’embrasse. Comme jamais on ne m’avait embrassé auparavant. Il y met tout son cœur, tous les mots qu’il n’a jamais pu dire, toute la force qui doit résider en lui. Il passe la main dans mes cheveux, je frissonne. On reste de nombreuses secondes enlacés comme ça, à se trouver, à partir dans ce monde inconnu, comme le dit Alfred. Puis on se sépare. Mon cœur s’est accéléré, il bat la chamade. On se regarde, nos yeux toujours aussi proches, nos souffles s’emmêlants. Puis, on se sourit encore, et on continue notre lecture paradisiaque. Sans aucun bruit, comme toujours.

    Je sens un vibreur dans ma poche. Mince, mon portable ! Je regarde l’écran, et vois « Zoé » s’y afficher. Oh non, je vais avoir un savon. Malgré toutes les fibres de mon corps qui me soufflent le contraire, je décroche.
    « Allô ?
    - SARAH, T’ES PASSÉE OÙ, QU’EST-CE QUE TU FAIS ? POURQUOI T’ES PAS DANS L’HÔPITAL ? QU’EST-CE QUE T’AS DANS LA TÊTE ?
    - Zoé…
    - COMMENT T’AS FAIT POUR DISPARAÎTRE COMME ÇA ?! REVIENS TOUT DE SUITE À L’HÔPITAL !
    - Non.
    - COMMENT ÇA NON ? T’ES AVEC QUI ? QU’EST-CE QUE TU FAIS, bazar ?
    - D’abord tu parles normalement.
    - NAN MAIS TU VAS PAS ME DICTER DES ORDRES, À LA FIN ! JE SUIS PLUS GRANDE QUE TOI.
    - Je peux aussi raccrocher.
    - MAIS ?! »
    Elle se calme quelques secondes, puis poursuit sur un ton de rproche glacial.
    « T’es où ? T’as pas le droit de sortir comme ça !
    - Je suis partie avec Eytan.
    - C’est qui lui ? Tu pars avec des inconnus ?!
    - Nan, c’est le sourd dont je t’ai parlé. Bah là, je suis dans Paris avec lui.
    - Un sourd ? Mais Sarah, qu’est-ce que tu fous ? Oh, dis-moi où t’es, je viens te chercher tout de suite !
    - Je rentre ce soir.
    - Nan, maintenant ! Sarah, le personnel de l’hôpital va avoir de graves ennuis. T’as pas le choix, tu rentres.
    - Si, Zoé, j’ai parfaitement le choix. Car, tu vois, il suffirait que je presse le petit bouton rouge de mon téléphone pour que tu ne me retrouves pas. Alors, maintenant, pour la première fois depuis longtemps, tu vas m’écouter. Je sais pas ce que t’as fait Lucas, mais depuis que t’es avec lui, t’es plus toi-même. Genre, tu fumes, t’insultes les handicapés. Mais, Zoé, je SUIS une handicapée ! Je SUIS différente ! Donc, maintenant, je traîne avec quelqu’un qui me fait du bien, et qui ne me met pas dans une case stupide ! Donc, reste avec Lucas autant que tu veux, mais la Zoé que je connais, elle le quitterait. »
    Un long blanc s’ensuivit, puis ma sœur finit par déclarer, glaciale.
    « Finis ta soi-disante journée de rêve. On va devoir parler ce soir. »
    Le bip de fin de communication résonna. Je reste là, ans bouger, le téléphone scotché à mon oreille. Eytan me demande qui c’était. Je me souviens qu’une journée comme ça, je n’en aurais peut-être pas deux, alors je lui souris :
    « Rien de grave. Ça te dit, on va chercher une gaufre qu’on mangera sur les bords de Seine ? 
    - Tes désirs sont tes ordres, princesse.
    - M’appelle pas comme ça, Eytan… rigolai-je,
    - Oh que si ! »
    On emprunte le livre pour continuer de le lire à l’hôpital, et sur le pas de la porte, je me dis « La chance que j’ai, quand même. ».
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 01 Sep 2017, 10:34

cavallina a écrit:
worldgirl04 a écrit:
cavallina a écrit:Encore bravo je suis définitivement fan **

    Bae (:
Love is greater.


Je t'aime <333

    <3
Love is greater.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Re: Le bus numéro 6

Message par Lulu-love-danse le 01 Sep 2017, 11:37

Je suis et c'est super !!
Lulu-love-danse
Julienaute d'or
 
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Julienaute d'or
Messages: 2367
Inscription: 20 Avr 2017, 09:00

Re: Le bus numéro 6

Message par Mll_cerise le 01 Sep 2017, 22:28

J'adore **
Mll_cerise
Julienaute d'or
 
Messages: 2367
Inscription: 20 Avr 2017, 09:00

Julienaute d'or
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Re: Le bus numéro 6

Message par Lulu-love-danse le 02 Sep 2017, 12:08

Oh trop mignon, j'adore !♥♥♥♥♥
Image
Lulu-love-danse
Julienaute d'or
 
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Julienaute d'or
Messages: 771
Inscription: 27 Aoû 2015, 20:29

Re: Le bus numéro 6

Message par laptitelouloute13 le 02 Sep 2017, 15:52

Mll_cerise a écrit:J'adore **
laptitelouloute13
Julienaute d'or
 
Messages: 771
Inscription: 27 Aoû 2015, 20:29

Julienaute d'or
Messages: 2742
Inscription: 15 Mar 2016, 19:00

Re: Le bus numéro 6

Message par Nutella06 le 03 Sep 2017, 00:23

Je suis j'adore
Nutella06
Julienaute d'or
 
Messages: 2742
Inscription: 15 Mar 2016, 19:00

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 03 Sep 2017, 11:39

Image

    On se tordait de rire sur les trottoirs en marchant dans toutes les flaques d’eau possibles. Mes bottines étaient trempées et un bruit désagréable de ventouse se faisait entendre quand je marchais. Quand je mimais le son à Eytan, il rigolait tellement qu’il n’arrivait plus à respirer. Le temps était suspendu. On passa sur le pont Neuf, avec un mini-trottoir. On marchait tous les deux. Moi devant, lui derrière. Il me tenait la main. On avançait tous les deux. Ensemble. On aurait pu vivre tous les deux. On aurait pu construire un avenir. Se construire nous-mêmes, face au tourment de la vie. Quelques secondes, je venais de penser qu’il m’avait peut-être sauvé, que je marcherais peut-être droit et que je penserais correctement. Le nuage de tristesse se dissipait peu à peu en moi. Je ne craignais plus rien, ni personne.
    Mais il a fallu que mon pied dérape. Il a fallu que je glisse de la chaussée. J’ai atteri au milieu de la route, essayant de me relever. Mais ma prothèse s’est défaite. Je n’ai pas pu bouger. Eytan s’est précipité pour m’aider. Les autres passants restaient là, sans avoir le temps de réagir. On s’est regardé, paniqué. J’ai lu dans ses yeux la terreur, la tristesse, puis l’acceptation en un dixième de seconde. On comprenait ce qui nous arrivait. On n’a pas relâché nos efforts, peut-être qu’un miracle allait se produire, qu’on allait être sauvé. Il me tenait la main et essayait de m’écarter de la route. Mais les miracles n’existent pas. Ils n’existeront jamais. Tout n’a duré que deux secondes.
    Deux secondes pour mourir.
    Deux secondes pour que tout bascule.
    Deux secondes pour que le petit fil d’espoir sur lequel danse la vie lâche.
    Un bus nous a percuté. Je n’ai pu voir que le numéro 6 de sa ligne. Puis, le noir complet. Alors, j’ai su que le ciel nous accueillait. Je n’aurais plus à me poser cette inlassable question : « Quand est-ce que j’aurais à y monter ? »

    Un petit papier s’échappa du lieu du drame, flottant au gré du vent. « You’re strong. »


                    Roses are dead
                    Violets are crying
                    I'm in hospital
                    They say I'm dying.
                              Fin.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 03 Sep 2017, 11:41

Lulu-love-danse a écrit:Je suis et c'est super !!

Mll_cerise a écrit:J'adore **

Lulu-love-danse a écrit:Oh trop mignon, j'adore !♥♥♥♥♥
Image

laptitelouloute13 a écrit:
Mll_cerise a écrit:J'adore **


merci vraiment à toutes
Love is greater.
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 03 Sep 2017, 13:28

c'est beau...
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 289
Inscription: 02 Nov 2016, 12:19

Re: Le bus numéro 6

Message par EtoileBleu le 03 Sep 2017, 14:31

Bravo cette histoire est vraiment super tu devrai l'a publié. Tu écris vraiment bien. :coeur: :coeur: :coeur:
EtoileBleu
Julienaute d'or
 
Messages: 289
Inscription: 02 Nov 2016, 12:19

Julienaute d'or
Messages: 2036
Inscription: 04 Juin 2017, 16:16

Re: Le bus numéro 6

Message par La petite patate le 03 Sep 2017, 16:21

Je suis!
La petite patate
Julienaute d'or
 
Messages: 2036
Inscription: 04 Juin 2017, 16:16

Julienaute d'or
Messages: 2367
Inscription: 20 Avr 2017, 09:00

Re: Le bus numéro 6

Message par Mll_cerise le 03 Sep 2017, 17:22

Déjà la fin...
C'était super bien ❤
Mll_cerise
Julienaute d'or
 
Messages: 2367
Inscription: 20 Avr 2017, 09:00

Julienaute d'or
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Re: Le bus numéro 6

Message par Lulu-love-danse le 03 Sep 2017, 18:37

Oh non !! Elle est morte ??
Sinon j'adore :coeur:
♥♥♥☺☺☺
https://img11.hostingpics.net/pics/2261 ... ture21.gif
Lulu-love-danse
Julienaute d'or
 
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 03 Sep 2017, 20:54

elle est morte ? c'est la fin ?
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Julienaute d'or
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Re: Le bus numéro 6

Message par worldgirl04 le 06 Sep 2017, 08:38

ANNONCE

      Merci à toutes d'avoir suivi (:
      En effet, c'es la fin. Je voulais écrire une fiction assez courte, sinon je ne les finis jamais. Quand aux conseils de publications, je vais voir, peut-être dans un recueil de nouvelles, mais je dois encore beaucoup m'améliorer. Je vous tiendrai au courant (;
      Je n'ai peut-être pas eu des remerciements assez personnels pour chacune, mais je voulais vraiment dire que j'ai failli lâcher la fiction, et c'est vous qui me l'avez fait continuer, alors... merci.
      Cette fiction tombera rapidement dans l'oubli, ce n'était pas mon but d'en faire une éternelle à rallonge, mais c'était vraiment un beau projet, qui m'a donné envie d'en faire d'autres, pourquoi pas (;
Image

            Oh, et petite précision, oui elle est morte...
worldgirl04
Julienaute d'or
 
Messages: 495
Inscription: 27 Jan 2016, 20:12

Julienaute d'or
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Re: Le bus numéro 6

Message par Lulu-love-danse le 06 Sep 2017, 11:38

En touts cas , c'était une super fiction !!
Image
Lulu-love-danse
Julienaute d'or
 
Messages: 1076
Inscription: 27 Mai 2017, 16:49

Julienaute d'or
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

Re: Le bus numéro 6

Message par cavallina le 06 Sep 2017, 11:59

C'est super triste mais vraiment magnifique, j'ai été fan du début à la fin.
Bravo <3
cavallina
Julienaute d'or
 
Messages: 6156
Inscription: 30 Oct 2015, 17:18

58 messages Page 1 sur 1

Qui est en ligne

Au total il y a 2 utilisateurs en ligne :: 0 enregistré, 0 invisible et 2 invités
(d’après le nombre d’utilisateurs actifs ces 5 dernières minutes)
Le record du nombre d’utilisateurs en ligne est de 1153, le 21 Déc 2013, 00:02

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 2 invités